- Partie 3 : Les conditions socio-économiques de la communauté algérienne à Oujda
Les premiers exilés, les Mouhajirins, ont été bien accueillis et bien traités par le Makhzen marocain. Il y avait parmi eux de nombreux commerçants aisés et des personnalités influentes. L¹arrivée constante de nouveaux flux migratoires a modifié profondément la composition sociale de cette communauté. En fait, à Oujda, les Algériens n¹étaient qu¹à « demi-étrangers » rapporte H. Lombard. Leurs caractéristiques sociologiques ont aussi évolué durant un siècle d¹immigration, En fonction de plusieurs facteurs liés à la politique coloniale de la France en matière d¹immigration. En 1938, M. Decroux qualifie la situation des Algériens au Maroc d¹«anormale » et de moins nette qu¹en Tunisie. Ils sont traités parfois comme des Français, tantôt comme des Etrangers et tantôt comme des Marocains. «Les Algériens ne sont assimilés ni aux citoyens Français, ni aux étrangers, ni aux Marocains. Ils ne peuvent comme les citoyens, accéder à tous les emplois du Protectorat, ils ne sont jamais choisis comme assesseurs pour former les tribunaux criminels, ils ne sont pas membres du collège électoral français, etc. Ils ne peuvent pas, comme les étrangers, adhérer aux syndicats professionnels, participer à la justice française en qualité de jurés. Ils ne participent pas, comme les Marocains, à la vie politique du pays, ils ne font pas partie des Chambres consultatives, du Conseil du gouvernement, etc.Comme les Marocains, ils sont affectés à un cadre spécial de fonctionnaires, n¹ont pas la liberté syndicale, etc.». Au début du Protectorat, ils constituaient un groupe social intermédiaire entre la colonie française et les Marocains. Ils étaient mieux traités par les autorités coloniales et jouissaient d¹une place avantageuse dans la société « oujdie ». Ils servaient l¹administration comme intermédiaires entre Français et Marocains : interprètes, fonctionnaires, enseignants, etc. Mais à partir des années trente, la situation évolua au préjudice des Algériens. Ils ont peu à peu perdu leur place d¹intermédiaires. L¹administration française favorisa de plus en plus le recrutement des Marocains. Mais dans l¹ensemble, les Algériens étaient plus avantagés. Chez les Algériens le taux de scolarisation était plus élevé, ils avaient aussi plus accès aux professions libérales. Certains ont même pu parvenir à occuper de hauts postes à Rabat. C¹est le cas de Kaddour Ben Gharbit (1873-1954), directeur du protocole impérial et de la chancellerie, Maameri vizir du palais royal et du protocole auprès du Sultan Mohamed V. Une autre caractéristique de la communauté algérienne d¹Oujda, c¹est qu¹elle a conservé son particularisme. Cela est dû principalement à l¹arrivée successive des nouveaux immigrants. Malgré la similitude des deux sociétés, algérienne et marocaine, et les liens religieux et culturels qui les unissent, les Algériens formaient une communauté à part. Les premiers arrivés avaient une assemblée «la jamaa des gens instruits» qui défendait leurs intérêts auprès de l¹Administration. En 1933 celle-ci est remplacée par l¹Amicale des Algériens d¹Oujda. En réalité ce particularisme ne concernait qu¹une partie des Algériens, la classe aisée qui se distinguait par son comportement extérieur, sa mentalité, son degré d¹occidentalisation. Appelés par les Oujdis les « évolués ». Il s¹agit de l¹ancienne bourgeoisie issue du commerce et des professions libérales et une partie des enseignants. Les mariages entre les membres de cette communauté et les Marocains sont restés très limités. L¹enquête de H. Lombard recense en 1952 quinze mariages «mixtes» seulement. Mais, selon Y. Katan dans les milieux populaires les mariages devaient se faire « à l¹amiable» et ne laissait aucune trace administrative.
Les premiers exilés, les Mouhajirins, ont été bien accueillis et bien traités par le Makhzen marocain. Il y avait parmi eux de nombreux commerçants aisés et des personnalités influentes. L¹arrivée constante de nouveaux flux migratoires a modifié profondément la composition sociale de cette communauté. En fait, à Oujda, les Algériens n¹étaient qu¹à « demi-étrangers » rapporte H. Lombard. Leurs caractéristiques sociologiques ont aussi évolué durant un siècle d¹immigration, En fonction de plusieurs facteurs liés à la politique coloniale de la France en matière d¹immigration. En 1938, M. Decroux qualifie la situation des Algériens au Maroc d¹«anormale » et de moins nette qu¹en Tunisie. Ils sont traités parfois comme des Français, tantôt comme des Etrangers et tantôt comme des Marocains. «Les Algériens ne sont assimilés ni aux citoyens Français, ni aux étrangers, ni aux Marocains. Ils ne peuvent comme les citoyens, accéder à tous les emplois du Protectorat, ils ne sont jamais choisis comme assesseurs pour former les tribunaux criminels, ils ne sont pas membres du collège électoral français, etc. Ils ne peuvent pas, comme les étrangers, adhérer aux syndicats professionnels, participer à la justice française en qualité de jurés. Ils ne participent pas, comme les Marocains, à la vie politique du pays, ils ne font pas partie des Chambres consultatives, du Conseil du gouvernement, etc.Comme les Marocains, ils sont affectés à un cadre spécial de fonctionnaires, n¹ont pas la liberté syndicale, etc.». Au début du Protectorat, ils constituaient un groupe social intermédiaire entre la colonie française et les Marocains. Ils étaient mieux traités par les autorités coloniales et jouissaient d¹une place avantageuse dans la société « oujdie ». Ils servaient l¹administration comme intermédiaires entre Français et Marocains : interprètes, fonctionnaires, enseignants, etc. Mais à partir des années trente, la situation évolua au préjudice des Algériens. Ils ont peu à peu perdu leur place d¹intermédiaires. L¹administration française favorisa de plus en plus le recrutement des Marocains. Mais dans l¹ensemble, les Algériens étaient plus avantagés. Chez les Algériens le taux de scolarisation était plus élevé, ils avaient aussi plus accès aux professions libérales. Certains ont même pu parvenir à occuper de hauts postes à Rabat. C¹est le cas de Kaddour Ben Gharbit (1873-1954), directeur du protocole impérial et de la chancellerie, Maameri vizir du palais royal et du protocole auprès du Sultan Mohamed V. Une autre caractéristique de la communauté algérienne d¹Oujda, c¹est qu¹elle a conservé son particularisme. Cela est dû principalement à l¹arrivée successive des nouveaux immigrants. Malgré la similitude des deux sociétés, algérienne et marocaine, et les liens religieux et culturels qui les unissent, les Algériens formaient une communauté à part. Les premiers arrivés avaient une assemblée «la jamaa des gens instruits» qui défendait leurs intérêts auprès de l¹Administration. En 1933 celle-ci est remplacée par l¹Amicale des Algériens d¹Oujda. En réalité ce particularisme ne concernait qu¹une partie des Algériens, la classe aisée qui se distinguait par son comportement extérieur, sa mentalité, son degré d¹occidentalisation. Appelés par les Oujdis les « évolués ». Il s¹agit de l¹ancienne bourgeoisie issue du commerce et des professions libérales et une partie des enseignants. Les mariages entre les membres de cette communauté et les Marocains sont restés très limités. L¹enquête de H. Lombard recense en 1952 quinze mariages «mixtes» seulement. Mais, selon Y. Katan dans les milieux populaires les mariages devaient se faire « à l¹amiable» et ne laissait aucune trace administrative.
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